le TARN et GARONNE avec CHEVENEMENT

Les républicains de gauche du 82

 
 
Mardi 1 juillet 2008
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MOUVEMENT REPUBLICAIN ET CITOYEN.mrc82.over-blog.com

L'EXIGENCE REPUBLICAINE

 

 

 

 

 

 

 

La France pensait avoir trouvé en Mr Sarkosy un homme providentiel ou du moins un président réformateur en mesure de s'attaquer à la casse des dégâts de la mondialisation. A l'évidence,elle constate la voie sans issue dans laquelle l'a entraîné son élection.

L'enjeu est aujourd'hui de taille car il s'agit d'empêcher la dilution des idées républicaines dans le moule libéral. La marchandisation des idées,des programmes en vue de créer une nouvelle civilisation se traduit par le démantèlement des partis politiques,des syndicats. C'est la République sur la voie de garage. Tombée presque dans l'oubli, la souveraineté du peuple doit retrouver toute sa place car elle est le seul moyen de combattre le processus de dilution des idées républicaines.

La crise de l'intégration européenne initiée en 1980 est à son apogée. Le fédéralisme est moribond,les peuples n'en veulent pas. Le MRC reste déterminé quant à s'opposer à cette Europe. C'est la raison de notre existence , nos idées poursuivent leur chemin. D'autres débattent aujourd'hui de ce que nous proclamons depuis 20 ans. Notre objectif demeure: « EXIGENCE REPUBLICAINE » Le courant républicain doit pénétrer partout.

En effet, le libéralisme est aujourd'hui présenté comme une religion. Le pouvoir médiatique dépend du pouvoir économique, et c'est avec habileté,sans secousse,que notre société républicaine se transforme en société libérale.

Le MRC, à l'issue de son congrès des 21 et 22 juin 2008 a décidé de dénoncer ce complot et de le démystifier.

 

 

MARCEL BOISSAC

par Boissac marcel
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Vendredi 27 juin 2008

Je veux d’abord remercier Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre, et Béatrice Desmartin, Première Secrétaire du Val-de-Marne, pour l’organisation de ce quatrième Congrès du MRC parfaitement réussi. Mes remerciements vont aussi à la petite équipe du Val-de-Marne, Marianne Picard et Bastien Faudot notamment qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour nous accueillir tous dans les meilleures conditions. Un vent nouveau s’est levé dont témoigne l’affluence et le rajeunissement de nos délégués. Je veux saluer amicalement nos invités, représentants des partis de gauche, des syndicats et du mouvement associatif. Merci à l’ensemble des militants qui ont bénévolement assuré le fonctionnement et la présence de notre parti depuis le Congrès d’avril 2006. J’ai une pensée particulière pour Georges Sarre qui a tenu bon à la direction du parti pendant ces années difficiles. Je n’oublie rien des services éminents que Georges a rendus et je sais pouvoir compter sur son jugement et son expérience dans les fonctions qu’il exercera demain à mes côtés comme secrétaire national aux relations extérieures. Hommage et honneur à ceux qui nous ont quittés et qui laissent derrière eux une trace qui ne s’effacera pas : Nicole Morichaud, conseillère régionale d’Ile de France, infatigable militante du CERES, de Socialisme et République, du MDC et du MRC, et Jean-Louis Dieux, Conseiller Régional de P.A.C.A, pilier du Mouvement depuis toujours.

Un nouveau départ était nécessaire après l’échec de 2007 qui a illustré l’impréparation idéologique et politique de la gauche dans son ensemble, quelque effort que nous ayons fait pour y remédier.

A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle qui est devenue, dans notre système politique, l’élection directrice, celle autour de laquelle toutes les autres s’ordonnent, nous devons porter un regard lucide sur le rapport des forces à l’échelle mondiale afin de créer l’évènement qui permettra d’ouvrir à la France un nouveau chemin de progrès.

Trois échecs successifs à l’élection présidentielle depuis 1995 n’ont pas été l’effet du hasard. Ils s‘enracinent dans la distance prise à l’égard de la gauche par l’électorat populaire. Cette distanciation a elle-même des causes anciennes et profondes. Le projet que nous portions dans les années soixante-dix s’est heurté de plein fouet à la victoire du néo-conservatisme libéral, au tournant des années quatre-vingt et à la politique d’ouverture généralisée des marchés, y compris des marchés de capitaux. De cette défaite de la gauche, largement consentie quand s’est ouverte en 1983 la parenthèse libérale, nous subissons encore aujourd’hui les conséquences. Le capitalisme financier a pris progressivement le pas sur le capitalisme industriel. Avec l’effondrement du communisme, les multinationales ont mis en concurrence les territoires et les main-d’œuvre à l’échelle mondiale. Il en est résulté une délocalisation ouverte ou sournoise des activités des pays anciennement industrialisés vers les pays émergents à bas coût salarial, dont certains sont dotés d’immenses « armées de réserve industrielles ». Le développement des fonds spéculatifs et des fonds de pension a abouti à l’instauration d’une véritable « dictature » de l’actionnariat. Mais, la « globalisation » est entrée en crise profonde en son centre même c’est-à-dire aux Etats-Unis : crise bancaire et financière, crise énergétique et crise alimentaire, crise du réchauffement climatique enfin. Absurde est la politique qui prétend adapter la France aux recettes d’une mondialisation libérale qui prend l’eau de toutes parts.

I - Il faut d’abord comprendre la nature de cette globalisation aujourd’hui en crise.

Cette « globalisation », en effet, est un phénomène à la fois économique et politique. Ce serait rester à la surface des choses que de voir dans les « subprimes » américaines et les dérives du capitalisme financier à l’échelle mondiale la cause essentielle de la crise actuelle. Le surendettement des ménages américains a été encouragé par le gouvernement des Etats-Unis pour sortir de la précédente crise née de l’explosion de la bulle technologique, en septembre 2000. La réalité est que les Etats-Unis, artisans principaux de la globalisation depuis les années quatre-vingt, ont vécu à crédit. Ils ont depuis longtemps un train de vie qui dépasse leurs moyens. Ils ont proclamé imprudemment la fin de l’Histoire (selon l’expression de Francis Fukuyama) après la chute de l’Union Soviétique. L’Histoire les a rattrapés. Les pays émergents se sont autonomisés du FMI depuis 1998 en se désendettant. L’Hyperpuissance américaine a cru pouvoir pratiquer une politique de fuite en avant avec un déficit commercial abyssal. L’Administration Bush a entraîné ses alliés dans l’invasion de l’Irak, provoquant, à des fins principalement pétrolières et au nom de « la guerre contre la terreur », un véritable « clash des civilisations ».

Les Etats-Unis se trouvent confrontés aujourd’hui à trois problèmes cumulatifs : la récession économique, la chute du dollar, l’enlisement en Irak et au Moyen-Orient. Ils n’ont plus les moyens de maintenir seuls leur domination mondiale. Avec un budget militaire de 640 Milliards de dollars (plus de la moitié des budgets de défense à l’échelle mondiale), les Etats-Unis cherchent en Europe et en Asie des supplétifs. M. Sarkozy, en réduisant l’armée française à la dimension d’un petit corps expéditionnaire à la disposition de l’OTAN, est prêt à les leur fournir.

Nous avions dénoncé, en son temps, 1996, les conséquences possibles de l’abandon du service national, à savoir le gonflement des budgets de fonctionnement au détriment de l’équipement de nos forces armées. Aujourd’hui, on coupe dans les effectifs (-60 000) au prétexte de remédier au sous-équipement et à la vétusté des matériels. L’armée française est réduite à une taille de guêpe - 30 000 hommes - essentiellement à des fins de projection lointaine au service de l’OTAN, dans des conflits incertains et forts éloignés de nos intérêts nationaux : Kosovo ou Afghanistan.

C’est une politique de gribouille : on réduit l’effort de défense en même temps qu’on appelle à une "défense européenne" tout en rejoignant l’OTAN. Sur 27 pays de l’Union européenne, 20 sont membres de l’OTAN. Aucun, à part la Grande-Bretagne, alliée spéciale des Etats-Unis, et la Grèce face à la Turquie, ne fournit un effort de défense conséquent. La défense européenne est un mythe et restera un mythe. En réalité le Président de la République a choisi pour l’Europe une défense américaine, oubliant qu’un peuple ou des peuples qui abandonnent le souci de leur défense dans des mains étrangères abdiquent par la même la maîtrise de leur destin et l’indépendance de leur politique extérieure.

De Gaulle avait choisi l’indépendance. Sarkozy choisit la dépendance. Et cela au plus mauvais moment , quand l’Empire américain touche à sa fin, et risque de nous entraîner, comme en Irak, dans des aventures nuisibles aux intérêts de sécurité de la France.

Nous n’avons pas à nous mettre à la remorque d’une politique américaine sur laquelle nous n’exerçons aucun contrôle. C’est seulement en restant indépendants ou en se donnant les moyens de le devenir, que la France et l’Europe se feront respecter et pourront modérer utilement et orienter l’usage de l’Hyperpuissance américaine.

En effet, ce sont les règles du jeu à l’échelle mondiale qui doivent être modifiées, dans le cadre d’un monde multipolaire dont l’avènement est rendu d’ailleurs inévitable par la montée des grands pays émergents (Chine - Inde - Brésil, etc.) et le retour de la Russie. Nous voulons que ce monde soit régi par le droit car c’est la condition de la paix.

Là sont les rôles de l’Europe et de la France, levier de notre responsabilité au monde. Nous voulons rester les alliés des Etats-Unis mais nous ne voulons pas être leurs vassaux. L’opinion publique européenne est éprise de paix. Elle souhaite que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu’ils sont, en acceptant la réalité d’un monde multipolaire nourri par le dialogue des cultures.

La crise de la « globalisation » bat en brèche les postulats libéraux auxquels la gauche française a cédé depuis plus de deux décennies : ainsi le libre-échangisme, car personne n’attend plus d’une nouvelle libéralisation des échanges à l’OMC un rebond de la croissance à l’échelle mondiale. Ainsi encore le refus des politiques industrielles au nom d’une conception idéologique de la concurrence qui a fini par paralyser l’action publique. Jacques Delors en prenant la défense de M. Barroso sert une bien mauvaise cause car la Commission européenne n’est pas l’incarnation de l’intérêt général. Elle est la gardienne de l’orthodoxie libérale et son dogmatisme aussi bien que le rôle existant qui est le sien barrent l’horizon d’une réorientation positive de la construction européenne.

Enfin, le refus de l’intervention des Etats dans le capital des entreprises prend l’eau à son tour, car même les pays les plus libéraux renflouent, sur fonds publics, leur système financier et même leurs grands groupes industriels. Tout montre qu’après trois décennies de « globalisation » succédant aux « trente glorieuses » du New Deal, un nouveau cycle historique est près de s’ouvrir. C’est là le rôle du MRC, servir d’aiguillon idéologique pour réveiller la gauche française et la mettre en état de peser sur les équilibres du monde.

II - En second lieu, il faut comprendre les potentialités de réorientation qu’offre cette crise.

A) C’est d’abord à l’échelle mondiale qu’il faut agir.

Les désordres monétaires sont devenus insupportables. Des fourchettes de parités doivent être définies et défendues collectivement. Les Etats-Unis doivent rétablir leur épargne. Ils peuvent être aidés à retrouver l’équilibre de leur balance commerciale par une croissance concertée des autres parties du monde et d’abord de l’Europe.

Il faut aussi que les grands pays émergents prennent davantage en compte chez eux les besoins de leur population, ainsi que le respect, au Nord, des équilibres sociaux et, dans le monde, des exigences environnementales. C’est à ce prix seulement que les pays anciennement industrialisés pourront continuer à ouvrir leurs marchés à une concurrence qui repose trop exclusivement sur l’avantage comparatif d’un très bas coût de main d’œuvre. Une régulation concertée des échanges internationaux est nécessaire.

Elle devra ménager l’accès libre aux marchés des pays riches des produits des pays les moins avancés, et notamment de l’Afrique. Leurs productions, à l’inverse, doivent être protégées. L’aide publique au développement, scandaleusement négligée, devra être rétablie et accrue. Les institutions financières internationales devraient trouver une nouvelle vocation dans la correction des inégalités croissantes de développement. Cette nouvelle donne ne sera rendue possible que par une mobilisation de l’opinion mondiale et par la réunion de grandes conférences internationales sur le modèle de Bretton-Woods en 1944-45.

B) Parallèlement, la réorientation de la construction européenne est nécessaire.

L’Europe ne se redressera pas sans la France et sans que la gauche française fasse entendre sa voix. Encore faut-il qu’elles retrouvent confiance en elles. L’Europe ne trouvera sa place dans le monde multipolaire de demain que si elle-même se révèle capable d’organiser un modèle équilibré de développement. Le « non » irlandais révèle encore une fois le rejet par les peuples d’une Europe technocratique et antisociale.

À cet égard l’instauration d’un gouvernement économique de la zone euro est un enjeu décisif. Une politique de change moins pénalisante pour l’activité, la mise en œuvre de politiques contracycliques fondées sur l’investissement et la recherche pourraient créer un environnement propice pour l’harmonisation sociale et fiscale et la promotion des services publics. L’Europe ne peut se résumer à la mise en concurrence des systèmes sociaux. Il est temps de lui donner un contenu progressiste. Le rôle de l’Allemagne sera déterminant car la politique de compression des coûts salariaux mise en œuvre depuis 2000 pénalise gravement la croissance européenne. L’excédent commercial allemand se réalise pour l’essentiel au détriment de ses partenaires européens. Le rôle de la France n’est pas moins important comme catalyseur politique pour réorienter la construction européenne dans le nouveau contexte mondial. Les institutions européennes auraient l’impérieux devoir de s’appuyer davantage sur les Etats qui restent les principaux acteurs de l’initiative publique. Malheureusement ce n’est pas le sens du Conseil européen des 19 et 20 juin.

Le « non » irlandais rend manifeste le fossé entre les élites dirigeantes européennes et les aspirations des peuples. Vouloir extorquer un « oui » au peuple irlandais en le soumettant à la « question » serait une nouvelle forfaiture.

Le peuple irlandais n’est pas un peuple méprisable. Certes il ne compte que 4 millions de citoyens mais c’est un grand peuple, farouchement attaché à son indépendance comme toute son histoire l’a montré, un peuple démocrate qui n’approuve pas les yeux fermés un texte rendu incompréhensible par la volonté de dissimuler aux peuples sa véritable nature : celle d’une Constitution européenne bis.

Et qui peut croire que, si on avait consulté les peuples français et néerlandais, ils auraient fait une autre réponse que le peuple irlandais ? M. Gordon Brown est pris la main dans le sac par la justice britannique alors qu’il renie lamentablement l’engagement de Tony Blair de faire approuver la constitution européenne par référendum.

L’Europe contre les peuples ne marche pas. La France quant à elle serait aussi fondée que les pays dérogatoires (Grande-Bretagne, Irlande, Danemark, Suède) à réclamer des garanties et des exemptions.

C’est ce que nous réclamons depuis longtemps en matière de service public, de fiscalité, d’élargissement des marges de manœuvre budgétaires. L’argument qu’on nous oppose c’est que la France, à l’initiative et au cœur du processus européen, doit montrer l’exemple. Mais tout montre au contraire qu’il s’agit, au prétexte de l’Europe, d’imposer à la France une procédure quasi disciplinaire : il est comme entendu que le peuple français n’est pas mûr pour une démocratie responsable et qu’il n’a donc pas la latitude d’exercer ses droits. Cette politique caporalisatrice est insoutenable.

C’est avec cette conception qu’il faut rompre pour aller franchement vers une Europe à géométrie variable s’appuyant sur la démocratie qui vit dans les nations.

C) Au niveau national.

L’urgence première sera de faire face à la récession qui vient. Aucun moyen ne devra être négligé, y compris l’intervention de l’Etat ou de compagnies publiques dans le capital des entreprises stratégiques, afin de préserver le tissu industriel. A cet égard, nous approuvons la prise de participation de l’Etat de 9% dans le capital des Chantiers de l’Atlantique car nous n’entendons pas nous laisser enfermer dans une opposition aveugle. Nous sommes avant tout des républicains. Nous sommes assez sûrs de notre projet pour ne pas nous enfermer dans une opposition systématique à courte vue.

Nous voulons contenir les exigences du capitalisme financier, stabiliser le capital de nos entreprises et fonder de nouvelles relations sociales sur la base d’une « Charte de l’entreprise ». L’éducation, la recherche, seront favorisées. La cohésion sociale, l’activation du sentiment républicain, la solidarité civique face à toutes les formes de communautarisme seront mises à l’ordre du jour. Une véritable écologie, au service de l’humanité tout entière, ne saurait s’enraciner que dans le terreau des Lumières, rejetant toutes les formes d’obscurantisme. Tel est notamment le cas pour ce qui est de la lutte contre le réchauffement climatique et pour un développement durable. La science et la culture doivent, en effet, rester au cœur de notre action.

III - Pour toute la gauche un nouveau départ est nécessaire. C’est le sens de l’appel que le MRC lance à ses partenaires.

A) Un nouveau départ

Pour porter cette ambition de changement, la gauche française doit impérativement dépasser ses tropismes régressifs. Il est urgent pour elle d’organiser « l’évènement » qui, trente-sept ans après Epinay, permettra une nouvelle refondation, comme elle a su le faire à chaque étape de son histoire. Cet évènement ne saurait être que la création d’un grand rassemblement de toute la gauche, ouvert à toutes ses sensibilités, radicales voire utopiques ou au contraire plus gestionnaires. La question n’est pas de savoir jusqu’où ira le rassemblement. L’impératif c’est le rassemblement lui-même qui doit se faire avec l’ensemble des hommes et des femmes de gauche et de progrès, mais en conservant la visée unitaire qui a toujours permis les grandes avancées de la gauche. Beaucoup des clivages hérités du passé ont été tranchés par l’Histoire. D’autres se sont déplacés et doivent être résolus par le débat.

La ligne politique du MRC est très volontariste. Elle vise, en créant un grand parti de toute la gauche reposant sur des analyses de principe, à contrarier, dans son intérêt même, le glissement à droite du parti socialiste et l’enfermement sur lui-même du parti communiste. Qui ne voit que la création d’un parti soi disant révolutionnaire à côté d’un parti devenu franchement social libéral offrirait pour longtemps un boulevard à la droite ?

Il faut contrarier ces tendances mortifères pour la gauche et pour le pays. A chacun de nos partenaires nous parlerons avec la franchise de l’amitié.

1. S’agissant du Parti socialiste

Ségolène Royal a été déséquilibrée pendant sa campagne par les manœuvres de l’aile libérale de son parti (les Gracques d’abord puis les prises de positions de Bernard Kouchner et de Michel Rocard). Il ne sert à rien au PS d’être hégémonique à gauche s’il n’est pas capable de devenir majoritaire dans le pays. Le PS doit tenir compte des autres sensibilités de la gauche pour renouer avec les couches populaires. Or, le PS, après l’échec de mai 2007, a montré son absence de détermination sur le fond en faisant voter majoritairement le traité de Lisbonne. En recherchant des alliances sans principes avec le MODEM, certains, en son sein, ont oublié qu’avant de s’allier, il faut soi-même savoir où on habite. La déclaration de principes du PS, malgré des références républicaines appréciables, ne comporte pas d’analyse de la mondialisation. Elle est enfin marquée par un européisme que bat en brèche la volonté des peuples.

L’éloignement de la gauche des couches populaires est un problème déjà ancien. Le risque est grand qu’en 2012 le PS aborde l’échéance décisive avec les mêmes handicaps qu’au cours des trois élections présidentielles précédentes.

Il est vital de redresser cette évolution. L’aile gauche du PS le peut-elle ? Il semble qu’elle soit profondément affaiblie et elle est elle-même divisée.

Seul un évènement né d’un choc externe pourrait redresser cette évolution. Or le prochain Congrès du PS ne sera vraisemblablement pas décisif. Seul, le PS n’opérera pas le redressement nécessaire. Il lui faut renouer à travers un projet clair avec les couches populaires. Ce projet dynamique, nous pouvons contribuer à l’apporter. Le temps presse. Cet « événement » que le MRC appelle de ses vœux doit être créé au printemps 2011 au plus tard.

2. S’agissant du PCF.

Près d’un siècle après le Congrès de Tours les raisons du divorce entre communistes et socialistes se sont estompées.

L’URSS et le communisme soviétique se sont effondrés. La théorie léniniste de la conscience révolutionnaire, importée dans une classe ouvrière spontanément réformiste et dominée par l’aristocratie ouvrière, et cela grâce à un parti appuyé sur le « socialisme scientifique », a fait long feu. Non que la théorie et l’analyse des phénomènes sociaux doivent être rejetées. Au contraire ! Mais c’est à travers le débat et la démocratie que les classes populaires doivent se doter d’un parti et d’une conscience politique à la hauteur des défis du monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’en rabattre sur l’ambition transformatrice mais de rompre avec le dogmatisme et la stérilisation de forces militantes précieuses.

Le PCF est tiraillé aujourd’hui entre plusieurs tentations : celle de créer une nouvelle formation à gauche du PS, avec ou sans Besancenot, et en association avec des groupes plus ou moins spontanéistes. L’échec du rassemblement autour du « non de gauche » purement anti-libéral et a-républicain a manifesté la vanité d’une telle démarche qui ne peut que dissoudre le PCF dans une idéologie victimaire compassionnelle teintée d’anarchisme.

L’autre perspective est le repli sur soi maquillé, soit aux couleurs de l’orthodoxie, soit d’une rénovation superficielle. En réalité, le PCF a atteint un étiage si préoccupant que sa réalité politique et sociologique qui reste estimable peut subir un coup fatal dès lors que le candidat du PCF aux élections risque de rééditer en moins bien les scores de Robert Hue en 2002 et de Marie-George Buffet en 2007. Le PCF dont nous apprécions la valeur de ses militants doit éviter d’aller dans le mur et nous voulons l’y aider.

Combien plus efficace en effet serait le potentiel de réflexion et d’action des militants communistes ancrés pour beaucoup encore dans la réalité populaire, s’il trouvait à se déployer à l’intérieur d’un grand parti de toute la gauche ! Ce potentiel aujourd’hui stérilisé trouverait un débouché porteur d’avenir.

3. S’agissant des radicaux et des écologistes, leurs sensibilités ont leur place dans un grand parti de toute la gauche. Les premiers parce que la République est dans leurs gènes, les seconds parce qu’ils peuvent renouveler les approches traditionnelles de la gauche dès lors qu’ils se situeront fermement sur le terreau des Lumières.

4. La situation actuelle - dérive du PS, enfermement du PCF sur lui-même - dispersion des différentes formations de la gauche ex plurielle - offre un espace pour la tentative d’Olivier Besancenot et de la Ligue Communiste Révolutionnaire de créer à la gauche d’un PS définitivement social libéral, une force soi-disant révolutionnaire. Mais qui ne voit que l’antagonisme de ces deux forces dont l’une se voudrait toute la gauche, offrirait pour longtemps un boulevard à la droite ? C’est ce qu’escompte ouvertement Nicolas Sarkozy.

B) Une refondation républicaine

Plus que jamais s’impose avant 2012 la nécessité d’une refondation républicaine de la gauche. Refondation républicaine parce qu’après l’effondrement du communisme soviétique qui a pendant des décennies barré l’horizon du socialisme démocratique, il est temps de repartir de la synthèse jaurésienne du socialisme et de la République.

L’exigence républicaine n’a rien de passéiste. Elle seule permettra de contrarier l’évolution de nos sociétés vers la fragmentation sociale et les replis identitaires, ethniques, intégristes et communautaristes. Seule l’idée exigeante de l’intérêt général dont la nation républicaine reste le lieu d’élection sans que d’autres niveaux d’appartenance doivent être gommés, peut permettre de fournir à une société déboussolée des repères convaincants. La nation républicaine est fermement ancrée dans le terreau des Lumières, celui du rationalisme et de l’humanisme. Sachons nous y maintenir fermement.

Oui, notre ligne est volontariste :

La refondation républicaine de toute la gauche est une ambition que nous devons faire partager. Elle s’imposera demain sous l’empire des nécessités. Le PS en a besoin. Le PCF n’a pas, selon moi, d’autre perspective valable, mais il n’y viendra que progressivement. Le pays surtout y aspire.

Il y a dans la société française des réserves de citoyenneté active, de civisme, de désintéressement que nous devons mobiliser. Les réticences du PCF, l’autosuffisance et la tentation hégémonique du PS sont des obstacles que nous ne nous cachons pas. Mais nous n’entendons pas nous enfermer dans des règlements de comptes anciens qui n’intéressent pas les générations nouvelles. Nous devrons lutter dans les prochaines années pour affirmer notre cap, faire un travail de conviction, nouer des alliances, provoquer la levée des blocages actuels qui réduisent la gauche à l’impuissance. Encore une fois, le problème pour le PS n’est pas de conquérir l’hégémonie à gauche. C’est de faire en sorte que la gauche puisse devenir majoritaire en France. Notre projet d’un grand parti de toute la gauche serait un puissant atout pour la gauche et le serait pour son candidat s’il savait se l’approprier assez tôt, ce qui n’a pas été possible en 2007.

Le MRC, pour ce qui le concerne, sera l’inlassable artisan de cette refondation républicaine. Pour créer un cadre politique commun, il faut que nous soyons capables de porter et faire connaître notre projet à travers des forums de l’Unité et des Assises de la gauche qui pourraient se tenir dès 2009.

Dans le débat intellectuel contemporain, le MRC a un rôle essentiel à jouer : celui d’aiguillon idéologique et de formation militante. Dans l’immédiat, notre parti doit se fixer quelques objectifs simples d’ici notre Prochain Congrès :

1. la réussite de notre Université d’été à Belfort dont la date est fixée aux 6 et 7 septembre, et dont le thème sera l’état de la gauche et les perspectives de sa refondation ;

2. le doublement de nos effectifs et la mobilisation de nos réseaux de sympathisants ;

3. l’affirmation de notre cohérence politique par l’organisation de manifestations publiques, en liaison ou non avec d’autres organisations ou sociétés de pensée ;

4. la diffusion de « Citoyens militants » et de la ligne républicaine dans les milieux de sympathisants qui un jour pourront rejoindre le grand parti de toute la gauche et en attendant le MRC ;

5. la création d’une Ecole des cadres en vue de former au moins une cinquantaine de « leaders » potentiels, articulés idéologiquement et capables de s’exprimer dans les médias ;

6. financièrement je renouvelle l’appel à une souscription nationale et je demande à tous les élus qui touchent une indemnité d’en consacrer une partie pour assurer la réussite de notre projet. C’est pour remplir ces tâches qu’un secrétariat national renouvelé plus qu’à moitié, issu majoritairement des régions, à la fois expérimenté et rajeuni, vous a été proposé. J’aurai besoin de l’engagement de tous.

7. Enfin, je n’oublie pas que nous devons préparer les prochaines échéances électorales. Les sénatoriales d’abord, en septembre prochain, où je serai candidat pour faire entendre, avec nos deux autres parlementaires, une voix républicaine au sein du Parlement.

Ensuite viendront les élections européennes, les élections régionales, puis les cantonales. Nous n’entendons pas, comme certains essayent de le faire croire, rejoindre le PS avec armes et bagages. La refondation républicaine a un contenu idéologique. Elle a une assise politique. Aucune décision ne sera donc prise par le MRC pour participer à quelque recomposition de la gauche que ce soit, en dehors d’un Congrès extraordinaire.

Aucune refondation de la gauche en effet ne peut se faire qu’à travers une analyse du monde et précisément une critique de la globalisation libérale et, par ailleurs, à travers un projet comportant des éléments programmatiques réalisables.

Avant de se poser le problème des alliances, la gauche doit savoir où elle habite. Elle vise à rassembler le monde du travail sur un projet humaniste. Elle porte l’héritage républicain qui, à partir de la notion d’intérêt général, permet le dépassement des intérêts particuliers, des égoïsmes, des corporatismes et des communautarismes. La pluralité d’appartenances conduit à définir une multiplicité d’intérêts généraux qu’il faudra savoir hiérarchiser à travers un projet nouant ensemble l’intérêt national, l’intérêt européen et les intérêts de l’humanité dans son ensemble. Rien là qui ne soit conforme au patriotisme républicain et à l’internationalisme, dont Jaurès avait su montrer la complémentarité.

La valorisation du travail, la recherche de l’égalité et d’un progrès mieux partagé, la solidarité, l’épanouissement individuel prenant tout son sens dans un dessin de réussite collective, la promotion du sens des responsabilités, bref du civisme, la laïcité enfin, constituent un socle de valeurs solides pour l’édification d’une République moderne, démocratique et sociale.

A partir de ces orientations, nous proposons que toutes les organisations et toutes les personnalités de gauche et de progrès qui le voudront réunissent dans tous les départements des forums de l’Unité. Ces forums, largement ouverts, auraient à traiter quelques sujets clés :

1. l’analyse de la globalisation et les conséquences à en tirer pour l’action de la gauche au gouvernement ;

2. la valorisation du travail ;

3. la réorientation de la construction européenne ;

4. la forme du nouveau rassemblement de la gauche à créer.

Ces forums pourraient déboucher sur des Assises de la gauche en 2009 qui prépareraient, sur la base d’un projet clair, un Congrès de rassemblement de toute la gauche au sein d’un grand parti. C’est à cette occasion que serait élu, au suffrage universel des militants, le candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012. Ce candidat ne serait pas seul. Il serait porté par un projet collectif et par un élan qu’il nous appartient de faire lever sans attendre dans le pays.

Voilà la perspective. Elle demandera du travail, de la persévérance, de l’enthousiasme, mais il n’y en a pas d’autre pour offrir à la France un avenir et les repères républicains qui lui manquent cruellement aujourd’hui.

Soyons sûrs de nous, de nos valeurs républicaines, de nos analyses de ce qu’est le capitalisme financier contemporain, de la pertinence de notre projet. Nous sommes la pointe émergée d’un iceberg républicain qui a dans le pays une réalité ancienne et profonde. Toutes les dernières élections nationales l’ont démontré : il y a dans le pays entre deux ou trois millions de citoyens qui ont encore une idée assez haute de l’intérêt national pour en faire dépendre leur vote et qui, en définitive, font pencher la balance.

Mais nous ne sommes pas qu’une réserve de voix potentielle. Nous offrons à la gauche des repères et un cadre de références dont elle a besoin pour retrouver la confiance du pays et d’abord celle des couches populaires.

Tenez bon ! Camarades, citoyens, les évènements viendront à notre rencontre. Déjà notre appel rencontre de puissants échos à gauche et notamment au sein du parti socialiste. Des convergences s’organisent naturellement. Le pouvoir de M. Sarkozy ne se soutient que par l’absence d’un projet réellement alternatif sur lequel la gauche pourrait se rassembler. La France se réveillera et la gauche se redressera. A une condition : que vous-mêmes vous teniez le cap républicain !

En avant, citoyens camarades pour faire du MRC le levier de cette refondation. Vous ne perdez pas votre temps car ce cap est le bon, non seulement pour la gauche, mais pour la République et la France !

par Boissac marcel
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Mercredi 18 juin 2008
 Un jour historique pour les peuples d’Europe : le peuple irlandais a dit NON ! Le MRC31 salue le peuple de la République d’Irlande. Les citoyens Irlandais connaissent le prix de la liberté ! Comme le peuple français et le peuple néerlandais, ils ont refusé de la voir confisquée par une constitution qui n’ose pas dire son nom. C’est un camouflet infligé à Sarkozy ! Le Président de la République avait cru pouvoir, en imposant le Traité de Lisbonne, passer outre la volonté populaire, deux ans après le NON massif exprimé par le peuple français par référendum le 29 mai 2005. Le Mouvement Républicain et Citoyen avait dit NON au « Traité Constitutionnel Européen ». Il avait exigé un référendum pour le traité de Lisbonne. Le MRC est pour une Europe des peuples. Le MRC défend contre l’oligarchie de l’Europe libérale actuelle un autre modèle de construction européenne, celui d’une coopération de nations libres et solidaires. L’urgence c’est de faire face à la récession et à l’approfondissement de la crise. Nous n’y ferons face que sur la base d’une réaffirmation claire de la souveraineté populaire et du rôle de l’Etat et d’une Europe des 27 qui ne peut être qu’une confédération de nations. L’Europe doit veiller à la préservation de ses services publics, de son industrie, de son agriculture, de sa pêche. L’Europe doit se battre non pas pour libéraliser davantage encore le commerce international mais pour imposer à l’OMC la prise en compte de normes sociales et environnementales. Le NON du peuple Irlandais au référendum, ouvre la porte à une remise à plat d’une Europe qui ne se fera qu’au travers du respect des peuples qui la composent.


Marcel Boissac
par Boissac marcel
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Mercredi 28 mai 2008

Dépêche AFP, mercredi 14 mai 2008, 18h19.

Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, a appelé mercredi à un débat à gauche pour créer un grand parti de toute la gauche, avec la tenue d'un "Congrès de rassemblement" en 2010 ou début 2011 permettant une "candidature commune" à la présidentielle de 2012.

Cette stratégie est proposée dans une motion d'orientation adoptée par la direction du Mouvement républicain et citoyen (MRC), pour son Congrès des 21 et 22 juin prévu au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), ville gérée par un maire MRC, Jean-Luc Laurent.

"L'impératif est le rassemblement" et "les clivages internes de la gauche doivent être dépassés par le débat", a affirmé lors d'un point de presse M. Chevènement pour qui ce grand parti doit être fondé sur un "projet républicain".

Pour l'ancien ministre, le contexte est favorable à un tel "électrochoc". "Nous sommes à l'aube d'une crise profonde et systémique", la "globalisation est en crise. Un tsunami est à l'horizon".

M. Chevènement affirme croire aux "miracles républicains" - comme celui qui a permis, selon lui, la fondation du PS au Congrès d'Epinay en 1971.

Des étapes intermédiaires seront peut être nécessaires pour ce grand parti, avec la création "dans un premier temps (d') une Fédération", ajoute-t-il.

Il propose un calendrier: des "forums d'unité dès cette année", des "assises de la gauche en 2009" et "un Congrès de rassemblement en 2010 ou début 2011" en vue d'une "candidature commune de la gauche sur la base d'un projet partagé" en vue de la présidentielle de 2012.

Le périmètre d'un tel rassemblement pourrait "aller jusqu'à la gauche radicale et même utopique" et regrouper à la fois "Gérard Collomb" le maire PS de Lyon, "Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet", numéro un du PCF, selon lui.

M. Chevènement n'entend pas entrer dans "les débats de personnes" au PS en vue de son leadership. Ségolène Royal est "courageuse" mais il lui reproche de n'avoir pas défendu la tenue d'un référendum sur le traité européen de Lisbonne alors qu'elle s'y était "engagée" pendant sa campagne. Quant à Bertrand Delanoë, il est "très grand maire, peut-il être autre chose? A lui de le démontrer", s'est exclamé l'ancien ministre.
par Boissac marcel
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Lundi 12 mai 2008
MOTION D’ORIENTATION du MRC
POUR LE CONGRES DES 21 ET 22 JUIN 2008
Motion d’orientation adoptée par la Commission des résolutions
réunie le 21juin 2008



Un contenu et un chemin pour la création
d'un grand parti de toute la gauche
La France a cru trouver en M. Sarkozy sinon un sauveur du moins un Président réformateur
capable de limiter la casse face aux dégâts de la mondialisation. Elle découvre aujourd'hui non
sans effroi l'impasse dans laquelle l'a entraînée son élection.
I - Un tsunami barre l'horizon
1) De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession de l'économie
américaine, euro à plus de 1,55 dollar, pétrole dépassant les cent trente dollars le baril, faillite et
renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique,
d'institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch,
Salomon Brothers et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C'est
tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu'inconsidéré qui
découvre sa fragilité.
2) Les prévisions de croissance en Europe et en France doivent être précipitamment revues à la
baisse. Le candidat Sarkozy se flattait de ramener « avec les dents » un point de croissance
supplémentaire. C'est avec un point de croissance en moins que le nouveau Président de la
République va devoir compter. Loin de remettre en cause les contraintes européennes,
M.Sarkozy a négocié sans aucune contrepartie et fait adopter, en catimini, un traité de Lisbonne
qui reprend la substance de la Constitution européenne. Ce traité entérine l'impuissance
d'institutions européennes déconnectées du suffrage universel face à la globalisation financière
ainsi que la perte d'influence de la France par rapport à l’Allemagne dans les votes au Conseil
des ministres européen. En acceptant que notre pays ne pèse plus que les trois quarts de son
partenaire principal en Europe, le Président de la République a mis fin à la parité fondatrice qui,
pendant un demi-siècle, avait assuré un développement relativement équilibré de la construction
européenne, déjà entamée, en ce qui concerne la représentation parlementaire, par le
traité de Nice. Presque simultanément, Madame Merkel a mis son veto au projet d'Union pour
la Méditerranée ou plus précisément l'a vidé de sa substance en l'inscrivant dans le cadre
communautaire et en le privant de tout financement supplémentaire.
Le rejet de cette construction européenne technocratique et antisociale confirme, comme le non
français du 29 mai 2005, le bien fondé de notre position depuis plus de quinze ans. Le « non »
irlandais rend le traité de Lisbonne juridiquement caduc car un traité n’a de valeur que s’il est
ratifié par tous les pays qui l’ont signé. L’Establishment européen, au lieu de s’interroger sur les
raisons du fossé qui s’est créé entre l’Europe et les peuples et sur les moyens d’y remédier,
persistent dans leur détermination de poursuivre le processus de ratification mais ils ne sont pas
sûrs d’avoir gain de cause.
Le gouvernement prépare un programme drastique d'économies budgétaires et de réformes dites
« structurelles », en fait libérales. C'est une cure de rigueur sans précédent qui s'annonce.
L'ensemble des services publics est dans la mire. Pendant ce temps, l'euro cher précipite les
délocalisations. L'érosion de notre tissu industriel et le creusement du déficit commercial vont de
pair. Ainsi notre pays est-il confronté, non pas à un vide de projet, mais à un projet bien précis
d'abaissement du coût du travail et de retrait généralisé de la puissance publique au bénéfice du
marché. Ce projet est condamné d'avance parce que dans l'Europe de Maastricht et de
Lisbonne, il ne touche pas aux paramètres essentiels et notamment monétaires qui gouvernent
l'activité économique. Aussi bien le modèle de compétitivité chinois ne peut s’appliquer à
l’Europe. Cette politique gouvernementale prend appui sur une idéologie dominante qui,
aujourd’hui, a organisé un système médiatique d’une puissance inégalée, dépendant des
oligarchies financières et qui contribue par les voies les plus diverses, souvent parées de
l’attrait de la nouveauté, à élever le libéralisme au rang de quasi religion.
3) Après le référendum du 29 mai 2005, l'espoir s'était levé d'un redressement à la fois de
l'orientation de la construction européenne et des politiques mises en oeuvre en France même.
Ségolène Royal avait souhaité une réforme des statuts de la BCE devant le Congrès du PSE
réuni en décembre 2006 à Porto. L'accord MRC-PS du 9 décembre 2006, avait formalisé un
bon accord stratégique entre nos deux formations sur des points essentiels : réorientation de la
construction européenne, prise en compte de normes sociales et environnementales dans les
règles de l'OMC, clause antidumping social, préservation de l'atout nucléaire de la France,
réaffirmation des repères républicains, sauvegarde des services publics, exigence de la laïcité,
politique étrangère et de défense indépendante.
4) Il apparaît malheureusement que les lignes directrices de cet accord ont été au moins
provisoirement frappées de caducité par la défaite de la gauche. La régression qui emporte
notre pays depuis près d'un an n'épargne pas non plus le principal parti de l'opposition.
L'ouverture de Nicolas Sarkozy vers certains responsables du PS a montré l'identité de postulats
libéraux et européistes que nous avions justement diagnostiquée pendant la campagne
présidentielle de 2001-2002, en dessinant un projet alternatif à la politique « du pareil au même
».
Le PS a certes bénéficié, lors des municipales et des cantonales de mars 2008, du rejet de la
politique gouvernementale, mais il semble plus que jamais en panne de projet et de repères
solides, malgré l'effort récent, réalisé à l'initiative de son Premier Secrétaire, pour se réapproprier
des concepts comme la nation et la République. Le vote du traité de Lisbonne par une majorité
de parlementaires socialistes et, plus encore, le refus de faire obstacle à la révision
constitutionnelle préalable, pour exiger un référendum sur cette Constitution européenne bis,
conformément aux engagements pris, témoignent pour le moins de la fragilité des analyses et du
manque de continuité politique de beaucoup de dirigeants socialistes. La plupart demeurent
prisonniers de leur « oui » au référendum de mai 2005 et d'une conception de l'Europe
aujourd'hui obsolète, comme vient de le démontrer encore le « non » irlandais. Le débat interne
paraît vidé de toute substance. Seule la désignation du prochain candidat à l'élection
présidentielle et du premier secrétaire qui succédera à François Hollande semblent intéresser.
L'analyse de la crise et des moyens d'y faire face est remarquablement absente des débats du PS
aussi bien que de sa dernière déclaration de principes qui fait l’impasse sur la nature du
capitalisme financier de notre temps, alors même que c'est l'absence d'un projet à la hauteur des
défis actuels et l’éloignement des couches populaires qui expliquent déjà l'échec aux trois
présidentielles successives de 1995, 2002 et 2007.
Nous voici donc revenus, en apparence, à la situation de fin 2004, quand le PS s'était prononcé
à la majorité de 58 % de ses membres en faveur d'une Constitution européenne dont le principe
avait été posé, en 2000, en pleine période de cohabitation.
5) Ce serait se tromper beaucoup cependant que de penser que la volonté populaire telle
qu'exprimée par le référendum du 29 mai 2005 puisse être ainsi foulée aux pieds. La réalité est
plus forte que toutes les constructions politiques et diplomatiques. La France, l'Europe, le
monde sont devant une crise systémique sans précédent. Cette crise prend racine dans la
dictature des marchés financiers que nous dénoncions depuis longtemps et notamment à
l'occasion des élections présidentielles de 2002 : « Les marchés financiers ne sont pas l'horizon
de l'Humanité. D'autres valeurs que l'Argent mènent le monde. Ce sont les nations et les peuples
qui sont la vraie permanence de l'Histoire » (discours de Vincennes, page 6) Notre projet adopté
à notre Congrès de 2006 a analysé précisément les deux composantes essentielles de la «
globalisation » qui sont à la racine de la crise actuelle du système :
a) Domination du capital financier sur le capitalisme industriel du fait de l'ouverture à l'échelle
mondiale dès les années quatre-vingt-dix, des marchés et des mouvements de capitaux, dictature
de l'actionnariat, exigences de rentabilité insoutenables pour les industries de l'Europe,
délocalisations et migration, sous l'égide des multinationales et des fonds spéculatifs, du capital
productif vers les pays à coût salariaux très bas.
b) Rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ceux-ci ont fait du dollar la monnaie
mondiale mais l'utilisent comme si elle était seulement la leur, au mépris des intérêts de l'Europe
et particulièrement de la zone euro. La valeur de la monnaie européenne a ainsi augmenté de
80% depuis 2002, pénalisant les exportations et favorisant les délocalisations. Confrontés
depuis 1997 aux crises financières successives (Asie du Sud-Est, Russie, Amérique Latine,
éclatement de la « bulle technologique », crise des « subprimes, qui remettent en cause les
bases mêmes de leur hégémonie et donc de la globalisation, les Etats-Unis pratiquent une
dangereuse fuite en avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien que dans la
politique étrangère et militaire, notamment pour le contrôle des ressources énergétiques au
Moyen-Orient et en Asie Centrale.
Un budget militaire colossal (plus de 600 milliards de dollars) ne leur permet pas d'éviter
l'enlisement, notamment en Irak. Un déficit extérieur abyssal nourrit la méfiance à l'égard du
dollar. Les Etats-Unis se trouvent confrontés à ce que l'historien Paul Kennedy appelait la «
surextension impériale ». Ils n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Là est la cause
de la crise actuelle de la globalisation. Ils se tournent vers leurs alliés européens pour les
transformer en supplétifs.
6) Mais cette politique suscite des réactions dans le monde, notamment en Amérique latine
où les peuples ont élu démocratiquement des gouvernements qui, à des degrés divers,
tentent de desserrer l’étau de la mondialisation (Brésil, Argentine, Vénézuela, Bolivie,
Equateur). Elle se heurte aussi à la réticence de l'opinion publique européenne. Celle-ci
souhaite dans sa majorité que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu'ils sont, en
acceptant la réalité d'un monde multipolaire se nourrissant du dialogue des cultures et régi par
le droit. Nous souhaitons que la victoire de Barak Obama puisse contribuer au
rééquilibrage nécessaire. Ce monde multipolaire s'impose d'ailleurs dans la réalité avec la
montée de la Chine, de l'Inde, du Brésil et le retour de la Russie. Il n’est pas jusqu'à l’Iran dont
la destruction de l’Irak a conforté la position dominante au Moyen-Orient, dont les Etats-Unis
vont devoir tenir compte pour passer un compromis leur permettant de retirer leurs troupes
d’Irak tout en maintenant un équilibre de sécurité dans la région. D'immenses moyens de
conditionnement médiatique sont déployés au nom d'un nouvel « occidentalo-centrisme » pour
décrier et fragiliser cette perspective. Il en résulte des tensions grandissantes avec le monde
musulman, la Chine et la Russie notamment. La réintégration dans l'organisation militaire de
l'OTAN annoncée par Nicolas Sarkozy nous engage toujours plus à l'Est, à la remorque de la
stratégie américaine, dans des conflits et des guerres qui ne sont pas les nôtres. La
transformation de l’armée française en petit corps expéditionnaire à des fins de seule projection
lointaine méconnaît les exigences à long terme d’une défense véritablement nationale. Ainsi la
crise de la globalisation et celle de l'hégémonie américaine se recoupent-elles étroitement.
Dans ce monde dangereux, il est important que la gauche française fasse entendre une voix
distincte. La grande crise américaine qui pointe à l'horizon amènera un réexamen critique des
postulats libéraux (apologie du libre-échange, effacement de l'Etat, privatisation
démantèlement des politiques structurelles au nom du principe de la concurrence) ; à la faveur de
ces remises en cause, la gauche française peut faire entendre son message et ses valeurs. La
gauche a besoin pour cela d'un projet à la hauteur des défis de notre temps.
II – Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.
1. L'urgence c'est de faire face à la récession et à l'approfondissement de la crise qui, après
avoir touché les Etats-Unis, va se communiquer à l'Europe. Nous n'y ferons face que sur la base
d'une réaffirmation claire de la souveraineté populaire et du rôle de l'Etat.
2. L'Europe à vingt-sept ne peut être qu'une confédération de nations. Les institutions
européennes, si elle se montrent défaillantes, ne peuvent pas arguer de compétences exorbitantes
pour faire obstacle à des mesures urgentes et exceptionnelles comme si l'Europe était une
Fédération, perspective clairement rejetée par les peuples français, néerlandais et irlandais.
3. Les institutions européennes ont l'impérieux devoir de se réformer au feu de la crise,
d'instaurer dans l'action un véritable gouvernement économique de la zone euro : baisse des
taux d'intérêt, tolérance accrue pour les déficits budgétaires en période de crise, mise en oeuvre
de politiques contrariant la logique des cycles économiques pour faire de la zone euro un
espace keynésien de relance. Ce serait d'ailleurs le meilleur moyen d'aider les Etats-Unis à
surmonter leurs propres difficultés. En théorie du moins, l'Europe peut beaucoup aussi en
matière de politique industrielle et énergétique, de programmes de recherche et de protection
contre les concurrences déloyales, afin de maintenir un tissu industriel aujourd'hui en voie de
délitement. Pour obtenir ces réorientations, le gouvernement ne doit pas hésiter à
s’appuyer sur la volonté populaire lui permettant d’engager le rapport de forces.
.
L'Europe doit également veiller à la préservation de ses services publics, de son agriculture et
de sa pêche. Il faut réinventer la PAC et la préférence communautaire. Cette exigence ne vaut
d'ailleurs pas que pour l'agriculture. L'Europe doit se battre non pas pour libéraliser davantage
encore le commerce international mais pour imposer à l'OMC la prise en compte de normes
sociales et environnementales. L’autosuffisance alimentaire ne peut se satisfaire d’une
concurrence débridée et d’une spéculation internationale entraînant la faim dans de
vastes zones du monde. La liberté des échanges n'a de sens qu'entre pays de niveau de
développement économique comparable.
4. La responsabilité de l'Allemagne dans la réorientation de la construction européenne est
déterminante, car ce pays, en comprimant excessivement ses coûts depuis 2000, a pu dégager
d'énormes excédents commerciaux (plus de 200 milliards d'euros en 2007) pour l'essentiel au
détriment de ses partenaires de la zone euro (100 milliards) et de l'Europe en général (150
milliards), tout en freinant sa croissance intérieure. Il y a une solidarité objective entre l'action
des syndicats et celle de la gauche allemande en vue d'une revalorisation des salaires et l'intérêt
bien compris de l'Europe dans son ensemble. L'Allemagne doit mettre en oeuvre une stratégie
coopérative de relance à l'échelle européenne. Il appartient à la France de l'y aider en formulant
des propositions adaptées. Cette perspective de réorientation de la construction européenne eût
paru, il y a peu, hérétique, tant elle est contradictoire avec les dogmes de la globalisation,
imposée au fil des décennies, par les Etats-Unis et relayée par l'Europe libérale. Mais
aujourd'hui le système craque de toutes parts. Ce sont les Etats les plus libéraux (Grande-
Bretagne – Etats-Unis –) qui utilisent les moyens de l'intervention publique. C’est
paradoxalement d’Amérique que va souffler le vent de la rupture avec le modèle de la
globalisation libérale.
5. Il est temps qu'en France aussi on change son fusil d'épaule. La souveraineté populaire,
dans les temps qui viennent, aura matière à s'exercer. Nous avons toujours défendu le cadre et
les repères de la République. Ceux-ci nous seront bien utiles dans la période qui s'annonce.
6. Pour maintenir notre tissu industriel, priorité des priorités, nous ne devons pas hésiter à
utiliser tous les moyens : réglementation stricte des OPA, constitution de pactes d'actionnaires
stables, promotion de l'épargne salariale et de la participation des travailleurs au capital des
entreprises, lorsque c’est un moyen de protéger la stabilité de l’outil de travail, renforcement du
rôle des grands intermédiaires publics et notamment de la Caisse des dépôts, instauration de «
golden share » (action publique impliquant un pouvoir de veto), nationalisations partielles ou
totales le cas échéant, de certaines entreprises stratégiques (notons au passage la responsabilité
des gouvernements libéraux qui ont laissé partir à l'étranger Usinor et Pechiney, avec les
conséquences que l'on voit sur la délocalisations de nos sites de production et de nos
laboratoires de recherche). Il est temps de passer un pacte nouveau entre les entreprises, les
acteurs concernés (détenteurs du capital mais aussi travailleurs), la Puissance publique et les
sous-traitants. Il faut remettre en cause l'actuelle dictature de l'actionnariat. Celle-ci est récente.
Elle n'a pas de légitimité profonde. Nous trouverons beaucoup d'alliés, et d'abord dans le secteur
productif, pour remettre en cause les règles du jeu immorales du capitalisme financier et pour
définir les bases d'une nouvelle Charte de l'Entreprise.
Cette politique de redynamisation du tissu industriel s'appuiera sur la relance d'un vigoureux
effort de recherche orienté vers les technologies nouvelles (énergies renouvelables, réacteur
nucléaire de quatrième génération, biotechnologies, NTIC, productique, nouveaux matériaux,
nanotechnologies, promotion de normes et de standards ouverts), sur les économies d'énergie et
la promotion de nouvelles formes d'habitat et de transport ainsi que sur un important
programme de grands travaux d’infrastructures
7. Le renouveau de l'Etat ira de pair avec la reconquête du territoire et une décentralisation
républicanisée refusant la mise en place par l’Etat de la compétition entre les territoires et
dans laquelle l’Outre-Mer mobilisera tous ses atouts pour s’inscrire dans la dynamique du
codéveloppement. La revalorisation du travail sera le socle d'une nouvelle croissance. Celle-ci
permettra de garantir justement les protections sociales en tenant compte de priorités
démocratiques (prise en compte de la pénibilité du travail) et en mettant fin à certains privilèges
et abus (tarifs déconventionnés – concurrences privées déloyales au service public). Cet
immense effort de redressement collectif prendra appui sur une citoyenneté raffermie. Ce n'est
pas le modèle républicain qui est en cause : ce sont les attaques qu'il subit. Egalité hommesfemmes,
accès égal à la citoyenneté, défense de la laïcité, refondation républicaine de l'Ecole,
rien de tout cela qui ne soit éminemment moderne.
Il faudra revoir notre politique d'immigration sans préjudice de la nécessaire maîtrise des flux
migratoires dans le cadre d'accords de codéveloppement fondés sur l'intérêt mutuel avec les
pays d'origine. La science et la culture seront au coeur de notre démarche. Pour faire face au
réchauffement climatique, une véritable écologie de l'Humanité éloignant toute tentation d'un
obscurantisme paré aux couleurs de la modernité, est nécessaire. La culture doit s'ouvrir au plus
grand nombre et la culture française sur le monde. La francophonie sera un des moyens de cette
ouverture.
8. En même temps que la France aura repris confiance en elle-même et en ses capacités, elle aura
le devoir de parler aux autres pour dessiner les contours d'un monde multipolaire et pacifique,
fondé sur le respect du droit international.
La fin de l'unilatéralisme américain n'est pas la fin de l'Histoire. Nous souhaitons maintenir une
belle et bonne alliance avec les Etats-Unis. Mais celle-ci ne saurait se confondre avec
l'acceptation résignée d'une vassalité, maquillée aux couleurs d'un « Occident » improbable.
Refusant l’occidentalocentrisme de la politique de Nicolas Sarkozy, nous devons nouer ou
développer des partenariats stratégiques avec la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique, le
Venezuela, l'Iran, l'Indonésie, sans oublier de restaurer nos liens avec l'Afrique, dont le destin
nous concerne et nous concernera toujours. Partout, nous devons promouvoir le dialogue des
cultures et favoriser l'émergence et la construction d'Etats fondés sur le droit et notamment celui,
intangible, de chaque peuple à se déterminer par lui-même.
Pour que l'Europe existe dans ce monde multipolaire et notamment par rapport aux Etats-Unis et
à la Chine, elle doit développer des relations de coopération privilégiées avec ses grands voisins
qui constituent l'Europe élargie. Au premier chef la Russie, qui est nécessaire à l'équilibre et à la
paix du continent, et que nous ne devons pas repousser vers l'Asie. Il y a beaucoup à faire avec
la Russie sur le plan économique et énergétique mais aussi sur le plan diplomatique.
De même nous devons chercher à donner un contenu à « l'Union pour la Méditerranée ». Le
développement du Maghreb et de l'Egypte, la stabilisation des Balkans sur la base du respect
égal de l'identité de chaque peuple, la paix au Proche et au Moyen-Orient, l'arrimage enfin de la
Turquie à l'Europe, répondent ainsi à notre intérêt bien compris du point de vue de la croissance
aussi bien que de la sécurité.
La France enfin doit rester une grande puissance politique. Le respect du droit international, le
dialogue des cultures, le codéveloppement avec le Sud et enfin le maintien d'une défense
indépendante seront les axes de notre politique extérieure. L'indépendance n'est pas moins
nécessaire dans un monde multipolaire qu'elle ne l'était dans l'ancien monde bipolaire. Il nous
appartient donc de combattre les dérives dangereuses auxquelles nous conduit déjà la
perspective annoncée d'une réintégration de l'organisation militaire de l'OTAN en rupture avec la
politique inaugurée par le général de Gaulle. Ainsi notre opposition à la politique de M. Sarkozy
n'est-elle pas une opposition systématique et aveugle. C'est une opposition républicaine et
argumentée, fondée sur la perspective d'un avenir différent et meilleur.
III – Vers la refondation républicaine de la gauche
1. Plus de trente ans après le Congrès d'Epinay et la signature du programme commun, la
gauche française doit prendre un nouveau départ comme elle a su le faire à différentes étapes de
son histoire : 1905 -1920 - 1946 - 1971. Le cycle d'Epinay est désormais révolu. Ce qui ne
signifie pas que les objectifs originels - rassembler la gauche, reconquérir les couches
populaires - aient perdu de leur pertinence. Mais le monde a changé. Avec l'effondrement de
l'URSS, le communisme a perdu son étoile polaire. Confronté au néo-conservatisme libéral, le
Parti socialiste peine à trouver ses marques. Ce n’est pas en s’affirmant libéral au moment où le
libéralisme fait eau de toutes parts que le PS rejoindra la vraie modernité : celle qui consiste à
anticiper et à vouloir. C'est une refondation de toute la gauche qu'il faut préparer, avec toutes ses
sensibilités et toutes ses cultures : social démocrate, républicaine, communiste, radicale,
écologiste, etc.
2. L'objectif d'un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé. Seule une
nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd'hui sans repères et l'élan
des nouvelles générations. Une Fédération ou une confédération pourrait sans doute constituer
une étape intermédiaire mais en réalité le temps presse : seule la création d'un grand parti de
toute la gauche sur une base de principes, déjà relayée par certains responsables socialistes et
faisant écho à nos propres propositions, peut créer l'électrochoc nécessaire. Ce nouveau parti
devra rassembler largement et sans sectarisme toutes les sensibilités. Du dialogue en son sein
d'une sensibilité critique voire utopique, et d'une sensibilité plus gestionnaire doit naître une
dynamique féconde. Rien ne serait plus contreproductif que de vouloir construire un parti
révolutionnaire, à plus forte raison de voir émerger un rôle purement contestataire à côté
d'un parti social-libéral. Ce serait donner un boulevard à la droite conservatrice.
3. Au départ il faudra cependant ouvrir le débat sur la nature de la globalisation et du
capitalisme financier aujourd'hui dominant, car dès les premiers temps du mouvement ouvrier,
au XIXe siècle, aucune vision socialiste n'a jamais pu se développer que sur la base d'une
critique préalable du capitalisme de l'époque. Il en va de même aujourd'hui. A partir d'une telle
analyse du capitalisme financier d'aujourd'hui et de ce qu'on appelle la « globalisation », un
débat fructueux pourra naître et se développer.
4. Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Les communistes, dont
l'histoire tourmentée a eu sa grandeur, doivent savoir tourner la page, ouverte au début du
dernier siècle, par le Congrès de Tours. Ils trouveront dans un parti de toute la gauche un cadre
plus efficace pour faire mûrir les espérances révolutionnaires. Il en va de même pour les
écologistes qui n'ont pas rompu avec la tradition des Lumières, pour les radicaux sincères et
pour les hommes et femmes de progrès qui n'entendent pas tourner le dos au message qui fut
jadis celui du général de Gaulle.
S'agissant du MRC, héritier du MDC mais aussi, avant 1993, du CERES et de « Socialisme et
République », les raisons qui avaient motivé sa création : refus de l'alignement sur
l'hyperpuissance américaine dans la première guerre du Golfe et rejet de l'Europe libérale de
Maastricht, n'ont pas disparu, même si nos critiques depuis 2003 (deuxième guerre du Golfe) et
2005 (rejet de la Constitution européenne), sont plus largement partagées.
Pour que les choses soient dites clairement, la fondation d’un grand parti de toute la
gauche ne signifie pas l’adhésion au PS. La campagne d’éradication dont nous avons été les
victimes depuis le 21 avril 2002 nous a criminalisés pour avoir porté un projet différent sur
l'Europe, la politique industrielle, la République ou l'indépendance de notre politique étrangère.
Aujourd’hui, dans un climat nouveau, nous entendons non seulement nous faire respecter mais
conduire des débats de fond sans lesquels il n'y aura pas de refondation républicaine de la
gauche. Le MRC se place dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n'entend donc
pas acquiescer à une version de l'Histoire qui n'a pas d'autre objet que de soustraire à la critique
une orientation social-libérale qu'il a toujours combattue. Pas plus qu'hier nous n'accepterons de
servir de caution. Aucune formule de recomposition de la gauche n’interviendra donc sans la
réunion préalable d’un Congrès extraordinaire. C’est à une refondation républicaine que nous
voulons contribuer, non à un replâtrage du parti socialiste.
5. Pour notre part, nous respectons le PS en tant qu'organisation, et nous n'entendons pas nous
ingérer dans des choix de personnes qui lui incombent. Le débat d'idées au sein de la gauche en
revanche est légitime et nous y contribuerons. Pour ce qui nous concerne, nous aspirons à la
confrontation loyale des idées, au sein d'un grand parti de toute la gauche, avec le seul souci du
fond. C'est ce qui a beaucoup manqué à la gauche depuis un certain temps et c'est avec cette
loyauté élémentaire à l'égard des idées, et par conséquent des personnes, que nous aimerions la
voir renouer dans son ensemble.
Le MRC propose donc un cadre de discussion ouvert à l'ensemble des femmes et des hommes
de gauche et de progrès pour jeter les bases d'un grand parti de toute la gauche. Cette
refondation est urgente. Sinon la gauche risque de se trouver confrontée à des divisions
persistantes, au risque d'une nouvelle défaite.
Cela suppose que nous soyons un parti à la hauteur de ses ambitions et de son projet.
Une campagne de mobilisation sera mise en oeuvre, invitant les républicains sincères à
s’inscrire dans un large rassemblement populaire et citoyen. Le MRC se doit d’être plus
vivant et plus actif à tous les niveaux de son organisation.
Pour mobiliser l'ensemble de ses forces et susciter l'adhésion des hésitants, nous lançons un
appel pour que la gauche se réunisse et se mette d'accord, non sur une simple perspective
d'alternance dépourvue de contenu politique, mais sur un projet républicain réellement alternatif.
C'est possible. Le projet républicain du MRC est sur la table. Cette contribution de notre
prochain Congrès a pour but d'ouvrir le débat non seulement au MRC mais également au sein
de la gauche tout entière, en tout cas parmi ceux qui, combattant la globalisation financière,
font de sa refondation leur perspective.
par Boissac marcel
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