MOTION D’ORIENTATION du MRC
POUR LE CONGRES DES 21 ET 22 JUIN 2008
Motion d’orientation adoptée par la Commission des résolutions
réunie le 21juin 2008
Un contenu et un chemin pour la création
d'un grand parti de toute la gauche
La France a cru trouver en M. Sarkozy sinon un sauveur du moins un Président réformateur
capable de limiter la casse face aux dégâts de la mondialisation. Elle découvre aujourd'hui non
sans effroi l'impasse dans laquelle l'a entraînée son élection.
I - Un tsunami barre l'horizon
1) De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession de l'économie
américaine, euro à plus de 1,55 dollar, pétrole dépassant les cent trente dollars le baril, faillite et
renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique,
d'institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch,
Salomon Brothers et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C'est
tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu'inconsidéré qui
découvre sa fragilité.
2) Les prévisions de croissance en Europe et en France doivent être précipitamment revues à la
baisse. Le candidat Sarkozy se flattait de ramener « avec les dents » un point de croissance
supplémentaire. C'est avec un point de croissance en moins que le nouveau Président de la
République va devoir compter. Loin de remettre en cause les contraintes européennes,
M.Sarkozy a négocié sans aucune contrepartie et fait adopter, en catimini, un traité de Lisbonne
qui reprend la substance de la Constitution européenne. Ce traité entérine l'impuissance
d'institutions européennes déconnectées du suffrage universel face à la globalisation financière
ainsi que la perte d'influence de la France par rapport à l’Allemagne dans les votes au Conseil
des ministres européen. En acceptant que notre pays ne pèse plus que les trois quarts de son
partenaire principal en Europe, le Président de la République a mis fin à la parité fondatrice qui,
pendant un demi-siècle, avait assuré un développement relativement équilibré de la construction
européenne, déjà entamée, en ce qui concerne la représentation parlementaire, par le
traité de Nice. Presque simultanément, Madame Merkel a mis son veto au projet d'Union pour
la Méditerranée ou plus précisément l'a vidé de sa substance en l'inscrivant dans le cadre
communautaire et en le privant de tout financement supplémentaire.
Le rejet de cette construction européenne technocratique et antisociale confirme, comme le non
français du 29 mai 2005, le bien fondé de notre position depuis plus de quinze ans. Le « non »
irlandais rend le traité de Lisbonne juridiquement caduc car un traité n’a de valeur que s’il est
ratifié par tous les pays qui l’ont signé. L’Establishment européen, au lieu de s’interroger sur les
raisons du fossé qui s’est créé entre l’Europe et les peuples et sur les moyens d’y remédier,
persistent dans leur détermination de poursuivre le processus de ratification mais ils ne sont pas
sûrs d’avoir gain de cause.
Le gouvernement prépare un programme drastique d'économies budgétaires et de réformes dites
« structurelles », en fait libérales. C'est une cure de rigueur sans précédent qui s'annonce.
L'ensemble des services publics est dans la mire. Pendant ce temps, l'euro cher précipite les
délocalisations. L'érosion de notre tissu industriel et le creusement du déficit commercial vont de
pair. Ainsi notre pays est-il confronté, non pas à un vide de projet, mais à un projet bien précis
d'abaissement du coût du travail et de retrait généralisé de la puissance publique au bénéfice du
marché. Ce projet est condamné d'avance parce que dans l'Europe de Maastricht et de
Lisbonne, il ne touche pas aux paramètres essentiels et notamment monétaires qui gouvernent
l'activité économique. Aussi bien le modèle de compétitivité chinois ne peut s’appliquer à
l’Europe. Cette politique gouvernementale prend appui sur une idéologie dominante qui,
aujourd’hui, a organisé un système médiatique d’une puissance inégalée, dépendant des
oligarchies financières et qui contribue par les voies les plus diverses, souvent parées de
l’attrait de la nouveauté, à élever le libéralisme au rang de quasi religion.
3) Après le référendum du 29 mai 2005, l'espoir s'était levé d'un redressement à la fois de
l'orientation de la construction européenne et des politiques mises en oeuvre en France même.
Ségolène Royal avait souhaité une réforme des statuts de la BCE devant le Congrès du PSE
réuni en décembre 2006 à Porto. L'accord MRC-PS du 9 décembre 2006, avait formalisé un
bon accord stratégique entre nos deux formations sur des points essentiels : réorientation de la
construction européenne, prise en compte de normes sociales et environnementales dans les
règles de l'OMC, clause antidumping social, préservation de l'atout nucléaire de la France,
réaffirmation des repères républicains, sauvegarde des services publics, exigence de la laïcité,
politique étrangère et de défense indépendante.
4) Il apparaît malheureusement que les lignes directrices de cet accord ont été au moins
provisoirement frappées de caducité par la défaite de la gauche. La régression qui emporte
notre pays depuis près d'un an n'épargne pas non plus le principal parti de l'opposition.
L'ouverture de Nicolas Sarkozy vers certains responsables du PS a montré l'identité de postulats
libéraux et européistes que nous avions justement diagnostiquée pendant la campagne
présidentielle de 2001-2002, en dessinant un projet alternatif à la politique « du pareil au même
».
Le PS a certes bénéficié, lors des municipales et des cantonales de mars 2008, du rejet de la
politique gouvernementale, mais il semble plus que jamais en panne de projet et de repères
solides, malgré l'effort récent, réalisé à l'initiative de son Premier Secrétaire, pour se réapproprier
des concepts comme la nation et la République. Le vote du traité de Lisbonne par une majorité
de parlementaires socialistes et, plus encore, le refus de faire obstacle à la révision
constitutionnelle préalable, pour exiger un référendum sur cette Constitution européenne bis,
conformément aux engagements pris, témoignent pour le moins de la fragilité des analyses et du
manque de continuité politique de beaucoup de dirigeants socialistes. La plupart demeurent
prisonniers de leur « oui » au référendum de mai 2005 et d'une conception de l'Europe
aujourd'hui obsolète, comme vient de le démontrer encore le « non » irlandais. Le débat interne
paraît vidé de toute substance. Seule la désignation du prochain candidat à l'élection
présidentielle et du premier secrétaire qui succédera à François Hollande semblent intéresser.
L'analyse de la crise et des moyens d'y faire face est remarquablement absente des débats du PS
aussi bien que de sa dernière déclaration de principes qui fait l’impasse sur la nature du
capitalisme financier de notre temps, alors même que c'est l'absence d'un projet à la hauteur des
défis actuels et l’éloignement des couches populaires qui expliquent déjà l'échec aux trois
présidentielles successives de 1995, 2002 et 2007.
Nous voici donc revenus, en apparence, à la situation de fin 2004, quand le PS s'était prononcé
à la majorité de 58 % de ses membres en faveur d'une Constitution européenne dont le principe
avait été posé, en 2000, en pleine période de cohabitation.
5) Ce serait se tromper beaucoup cependant que de penser que la volonté populaire telle
qu'exprimée par le référendum du 29 mai 2005 puisse être ainsi foulée aux pieds. La réalité est
plus forte que toutes les constructions politiques et diplomatiques. La France, l'Europe, le
monde sont devant une crise systémique sans précédent. Cette crise prend racine dans la
dictature des marchés financiers que nous dénoncions depuis longtemps et notamment à
l'occasion des élections présidentielles de 2002 : « Les marchés financiers ne sont pas l'horizon
de l'Humanité. D'autres valeurs que l'Argent mènent le monde. Ce sont les nations et les peuples
qui sont la vraie permanence de l'Histoire » (discours de Vincennes, page 6) Notre projet adopté
à notre Congrès de 2006 a analysé précisément les deux composantes essentielles de la «
globalisation » qui sont à la racine de la crise actuelle du système :
a) Domination du capital financier sur le capitalisme industriel du fait de l'ouverture à l'échelle
mondiale dès les années quatre-vingt-dix, des marchés et des mouvements de capitaux, dictature
de l'actionnariat, exigences de rentabilité insoutenables pour les industries de l'Europe,
délocalisations et migration, sous l'égide des multinationales et des fonds spéculatifs, du capital
productif vers les pays à coût salariaux très bas.
b) Rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ceux-ci ont fait du dollar la monnaie
mondiale mais l'utilisent comme si elle était seulement la leur, au mépris des intérêts de l'Europe
et particulièrement de la zone euro. La valeur de la monnaie européenne a ainsi augmenté de
80% depuis 2002, pénalisant les exportations et favorisant les délocalisations. Confrontés
depuis 1997 aux crises financières successives (Asie du Sud-Est, Russie, Amérique Latine,
éclatement de la « bulle technologique », crise des « subprimes, qui remettent en cause les
bases mêmes de leur hégémonie et donc de la globalisation, les Etats-Unis pratiquent une
dangereuse fuite en avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien que dans la
politique étrangère et militaire, notamment pour le contrôle des ressources énergétiques au
Moyen-Orient et en Asie Centrale.
Un budget militaire colossal (plus de 600 milliards de dollars) ne leur permet pas d'éviter
l'enlisement, notamment en Irak. Un déficit extérieur abyssal nourrit la méfiance à l'égard du
dollar. Les Etats-Unis se trouvent confrontés à ce que l'historien Paul Kennedy appelait la «
surextension impériale ». Ils n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Là est la cause
de la crise actuelle de la globalisation. Ils se tournent vers leurs alliés européens pour les
transformer en supplétifs.
6) Mais cette politique suscite des réactions dans le monde, notamment en Amérique latine
où les peuples ont élu démocratiquement des gouvernements qui, à des degrés divers,
tentent de desserrer l’étau de la mondialisation (Brésil, Argentine, Vénézuela, Bolivie,
Equateur). Elle se heurte aussi à la réticence de l'opinion publique européenne. Celle-ci
souhaite dans sa majorité que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu'ils sont, en
acceptant la réalité d'un monde multipolaire se nourrissant du dialogue des cultures et régi par
le droit. Nous souhaitons que la victoire de Barak Obama puisse contribuer au
rééquilibrage nécessaire. Ce monde multipolaire s'impose d'ailleurs dans la réalité avec la
montée de la Chine, de l'Inde, du Brésil et le retour de la Russie. Il n’est pas jusqu'à l’Iran dont
la destruction de l’Irak a conforté la position dominante au Moyen-Orient, dont les Etats-Unis
vont devoir tenir compte pour passer un compromis leur permettant de retirer leurs troupes
d’Irak tout en maintenant un équilibre de sécurité dans la région. D'immenses moyens de
conditionnement médiatique sont déployés au nom d'un nouvel « occidentalo-centrisme » pour
décrier et fragiliser cette perspective. Il en résulte des tensions grandissantes avec le monde
musulman, la Chine et la Russie notamment. La réintégration dans l'organisation militaire de
l'OTAN annoncée par Nicolas Sarkozy nous engage toujours plus à l'Est, à la remorque de la
stratégie américaine, dans des conflits et des guerres qui ne sont pas les nôtres. La
transformation de l’armée française en petit corps expéditionnaire à des fins de seule projection
lointaine méconnaît les exigences à long terme d’une défense véritablement nationale. Ainsi la
crise de la globalisation et celle de l'hégémonie américaine se recoupent-elles étroitement.
Dans ce monde dangereux, il est important que la gauche française fasse entendre une voix
distincte. La grande crise américaine qui pointe à l'horizon amènera un réexamen critique des
postulats libéraux (apologie du libre-échange, effacement de l'Etat, privatisation
démantèlement des politiques structurelles au nom du principe de la concurrence) ; à la faveur de
ces remises en cause, la gauche française peut faire entendre son message et ses valeurs. La
gauche a besoin pour cela d'un projet à la hauteur des défis de notre temps.
II – Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.
1. L'urgence c'est de faire face à la récession et à l'approfondissement de la crise qui, après
avoir touché les Etats-Unis, va se communiquer à l'Europe. Nous n'y ferons face que sur la base
d'une réaffirmation claire de la souveraineté populaire et du rôle de l'Etat.
2. L'Europe à vingt-sept ne peut être qu'une confédération de nations. Les institutions
européennes, si elle se montrent défaillantes, ne peuvent pas arguer de compétences exorbitantes
pour faire obstacle à des mesures urgentes et exceptionnelles comme si l'Europe était une
Fédération, perspective clairement rejetée par les peuples français, néerlandais et irlandais.
3. Les institutions européennes ont l'impérieux devoir de se réformer au feu de la crise,
d'instaurer dans l'action un véritable gouvernement économique de la zone euro : baisse des
taux d'intérêt, tolérance accrue pour les déficits budgétaires en période de crise, mise en oeuvre
de politiques contrariant la logique des cycles économiques pour faire de la zone euro un
espace keynésien de relance. Ce serait d'ailleurs le meilleur moyen d'aider les Etats-Unis à
surmonter leurs propres difficultés. En théorie du moins, l'Europe peut beaucoup aussi en
matière de politique industrielle et énergétique, de programmes de recherche et de protection
contre les concurrences déloyales, afin de maintenir un tissu industriel aujourd'hui en voie de
délitement. Pour obtenir ces réorientations, le gouvernement ne doit pas hésiter à
s’appuyer sur la volonté populaire lui permettant d’engager le rapport de forces.
.
L'Europe doit également veiller à la préservation de ses services publics, de son agriculture et
de sa pêche. Il faut réinventer la PAC et la préférence communautaire. Cette exigence ne vaut
d'ailleurs pas que pour l'agriculture. L'Europe doit se battre non pas pour libéraliser davantage
encore le commerce international mais pour imposer à l'OMC la prise en compte de normes
sociales et environnementales. L’autosuffisance alimentaire ne peut se satisfaire d’une
concurrence débridée et d’une spéculation internationale entraînant la faim dans de
vastes zones du monde. La liberté des échanges n'a de sens qu'entre pays de niveau de
développement économique comparable.
4. La responsabilité de l'Allemagne dans la réorientation de la construction européenne est
déterminante, car ce pays, en comprimant excessivement ses coûts depuis 2000, a pu dégager
d'énormes excédents commerciaux (plus de 200 milliards d'euros en 2007) pour l'essentiel au
détriment de ses partenaires de la zone euro (100 milliards) et de l'Europe en général (150
milliards), tout en freinant sa croissance intérieure. Il y a une solidarité objective entre l'action
des syndicats et celle de la gauche allemande en vue d'une revalorisation des salaires et l'intérêt
bien compris de l'Europe dans son ensemble. L'Allemagne doit mettre en oeuvre une stratégie
coopérative de relance à l'échelle européenne. Il appartient à la France de l'y aider en formulant
des propositions adaptées. Cette perspective de réorientation de la construction européenne eût
paru, il y a peu, hérétique, tant elle est contradictoire avec les dogmes de la globalisation,
imposée au fil des décennies, par les Etats-Unis et relayée par l'Europe libérale. Mais
aujourd'hui le système craque de toutes parts. Ce sont les Etats les plus libéraux (Grande-
Bretagne – Etats-Unis –) qui utilisent les moyens de l'intervention publique. C’est
paradoxalement d’Amérique que va souffler le vent de la rupture avec le modèle de la
globalisation libérale.
5. Il est temps qu'en France aussi on change son fusil d'épaule. La souveraineté populaire,
dans les temps qui viennent, aura matière à s'exercer. Nous avons toujours défendu le cadre et
les repères de la République. Ceux-ci nous seront bien utiles dans la période qui s'annonce.
6. Pour maintenir notre tissu industriel, priorité des priorités, nous ne devons pas hésiter à
utiliser tous les moyens : réglementation stricte des OPA, constitution de pactes d'actionnaires
stables, promotion de l'épargne salariale et de la participation des travailleurs au capital des
entreprises, lorsque c’est un moyen de protéger la stabilité de l’outil de travail, renforcement du
rôle des grands intermédiaires publics et notamment de la Caisse des dépôts, instauration de «
golden share » (action publique impliquant un pouvoir de veto), nationalisations partielles ou
totales le cas échéant, de certaines entreprises stratégiques (notons au passage la responsabilité
des gouvernements libéraux qui ont laissé partir à l'étranger Usinor et Pechiney, avec les
conséquences que l'on voit sur la délocalisations de nos sites de production et de nos
laboratoires de recherche). Il est temps de passer un pacte nouveau entre les entreprises, les
acteurs concernés (détenteurs du capital mais aussi travailleurs), la Puissance publique et les
sous-traitants. Il faut remettre en cause l'actuelle dictature de l'actionnariat. Celle-ci est récente.
Elle n'a pas de légitimité profonde. Nous trouverons beaucoup d'alliés, et d'abord dans le secteur
productif, pour remettre en cause les règles du jeu immorales du capitalisme financier et pour
définir les bases d'une nouvelle Charte de l'Entreprise.
Cette politique de redynamisation du tissu industriel s'appuiera sur la relance d'un vigoureux
effort de recherche orienté vers les technologies nouvelles (énergies renouvelables, réacteur
nucléaire de quatrième génération, biotechnologies, NTIC, productique, nouveaux matériaux,
nanotechnologies, promotion de normes et de standards ouverts), sur les économies d'énergie et
la promotion de nouvelles formes d'habitat et de transport ainsi que sur un important
programme de grands travaux d’infrastructures
7. Le renouveau de l'Etat ira de pair avec la reconquête du territoire et une décentralisation
républicanisée refusant la mise en place par l’Etat de la compétition entre les territoires et
dans laquelle l’Outre-Mer mobilisera tous ses atouts pour s’inscrire dans la dynamique du
codéveloppement. La revalorisation du travail sera le socle d'une nouvelle croissance. Celle-ci
permettra de garantir justement les protections sociales en tenant compte de priorités
démocratiques (prise en compte de la pénibilité du travail) et en mettant fin à certains privilèges
et abus (tarifs déconventionnés – concurrences privées déloyales au service public). Cet
immense effort de redressement collectif prendra appui sur une citoyenneté raffermie. Ce n'est
pas le modèle républicain qui est en cause : ce sont les attaques qu'il subit. Egalité hommesfemmes,
accès égal à la citoyenneté, défense de la laïcité, refondation républicaine de l'Ecole,
rien de tout cela qui ne soit éminemment moderne.
Il faudra revoir notre politique d'immigration sans préjudice de la nécessaire maîtrise des flux
migratoires dans le cadre d'accords de codéveloppement fondés sur l'intérêt mutuel avec les
pays d'origine. La science et la culture seront au coeur de notre démarche. Pour faire face au
réchauffement climatique, une véritable écologie de l'Humanité éloignant toute tentation d'un
obscurantisme paré aux couleurs de la modernité, est nécessaire. La culture doit s'ouvrir au plus
grand nombre et la culture française sur le monde. La francophonie sera un des moyens de cette
ouverture.
8. En même temps que la France aura repris confiance en elle-même et en ses capacités, elle aura
le devoir de parler aux autres pour dessiner les contours d'un monde multipolaire et pacifique,
fondé sur le respect du droit international.
La fin de l'unilatéralisme américain n'est pas la fin de l'Histoire. Nous souhaitons maintenir une
belle et bonne alliance avec les Etats-Unis. Mais celle-ci ne saurait se confondre avec
l'acceptation résignée d'une vassalité, maquillée aux couleurs d'un « Occident » improbable.
Refusant l’occidentalocentrisme de la politique de Nicolas Sarkozy, nous devons nouer ou
développer des partenariats stratégiques avec la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique, le
Venezuela, l'Iran, l'Indonésie, sans oublier de restaurer nos liens avec l'Afrique, dont le destin
nous concerne et nous concernera toujours. Partout, nous devons promouvoir le dialogue des
cultures et favoriser l'émergence et la construction d'Etats fondés sur le droit et notamment celui,
intangible, de chaque peuple à se déterminer par lui-même.
Pour que l'Europe existe dans ce monde multipolaire et notamment par rapport aux Etats-Unis et
à la Chine, elle doit développer des relations de coopération privilégiées avec ses grands voisins
qui constituent l'Europe élargie. Au premier chef la Russie, qui est nécessaire à l'équilibre et à la
paix du continent, et que nous ne devons pas repousser vers l'Asie. Il y a beaucoup à faire avec
la Russie sur le plan économique et énergétique mais aussi sur le plan diplomatique.
De même nous devons chercher à donner un contenu à « l'Union pour la Méditerranée ». Le
développement du Maghreb et de l'Egypte, la stabilisation des Balkans sur la base du respect
égal de l'identité de chaque peuple, la paix au Proche et au Moyen-Orient, l'arrimage enfin de la
Turquie à l'Europe, répondent ainsi à notre intérêt bien compris du point de vue de la croissance
aussi bien que de la sécurité.
La France enfin doit rester une grande puissance politique. Le respect du droit international, le
dialogue des cultures, le codéveloppement avec le Sud et enfin le maintien d'une défense
indépendante seront les axes de notre politique extérieure. L'indépendance n'est pas moins
nécessaire dans un monde multipolaire qu'elle ne l'était dans l'ancien monde bipolaire. Il nous
appartient donc de combattre les dérives dangereuses auxquelles nous conduit déjà la
perspective annoncée d'une réintégration de l'organisation militaire de l'OTAN en rupture avec la
politique inaugurée par le général de Gaulle. Ainsi notre opposition à la politique de M. Sarkozy
n'est-elle pas une opposition systématique et aveugle. C'est une opposition républicaine et
argumentée, fondée sur la perspective d'un avenir différent et meilleur.
III – Vers la refondation républicaine de la gauche
1. Plus de trente ans après le Congrès d'Epinay et la signature du programme commun, la
gauche française doit prendre un nouveau départ comme elle a su le faire à différentes étapes de
son histoire : 1905 -1920 - 1946 - 1971. Le cycle d'Epinay est désormais révolu. Ce qui ne
signifie pas que les objectifs originels - rassembler la gauche, reconquérir les couches
populaires - aient perdu de leur pertinence. Mais le monde a changé. Avec l'effondrement de
l'URSS, le communisme a perdu son étoile polaire. Confronté au néo-conservatisme libéral, le
Parti socialiste peine à trouver ses marques. Ce n’est pas en s’affirmant libéral au moment où le
libéralisme fait eau de toutes parts que le PS rejoindra la vraie modernité : celle qui consiste à
anticiper et à vouloir. C'est une refondation de toute la gauche qu'il faut préparer, avec toutes ses
sensibilités et toutes ses cultures : social démocrate, républicaine, communiste, radicale,
écologiste, etc.
2. L'objectif d'un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé. Seule une
nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd'hui sans repères et l'élan
des nouvelles générations. Une Fédération ou une confédération pourrait sans doute constituer
une étape intermédiaire mais en réalité le temps presse : seule la création d'un grand parti de
toute la gauche sur une base de principes, déjà relayée par certains responsables socialistes et
faisant écho à nos propres propositions, peut créer l'électrochoc nécessaire. Ce nouveau parti
devra rassembler largement et sans sectarisme toutes les sensibilités. Du dialogue en son sein
d'une sensibilité critique voire utopique, et d'une sensibilité plus gestionnaire doit naître une
dynamique féconde. Rien ne serait plus contreproductif que de vouloir construire un parti
révolutionnaire, à plus forte raison de voir émerger un rôle purement contestataire à côté
d'un parti social-libéral. Ce serait donner un boulevard à la droite conservatrice.
3. Au départ il faudra cependant ouvrir le débat sur la nature de la globalisation et du
capitalisme financier aujourd'hui dominant, car dès les premiers temps du mouvement ouvrier,
au XIXe siècle, aucune vision socialiste n'a jamais pu se développer que sur la base d'une
critique préalable du capitalisme de l'époque. Il en va de même aujourd'hui. A partir d'une telle
analyse du capitalisme financier d'aujourd'hui et de ce qu'on appelle la « globalisation », un
débat fructueux pourra naître et se développer.
4. Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Les communistes, dont
l'histoire tourmentée a eu sa grandeur, doivent savoir tourner la page, ouverte au début du
dernier siècle, par le Congrès de Tours. Ils trouveront dans un parti de toute la gauche un cadre
plus efficace pour faire mûrir les espérances révolutionnaires. Il en va de même pour les
écologistes qui n'ont pas rompu avec la tradition des Lumières, pour les radicaux sincères et
pour les hommes et femmes de progrès qui n'entendent pas tourner le dos au message qui fut
jadis celui du général de Gaulle.
S'agissant du MRC, héritier du MDC mais aussi, avant 1993, du CERES et de « Socialisme et
République », les raisons qui avaient motivé sa création : refus de l'alignement sur
l'hyperpuissance américaine dans la première guerre du Golfe et rejet de l'Europe libérale de
Maastricht, n'ont pas disparu, même si nos critiques depuis 2003 (deuxième guerre du Golfe) et
2005 (rejet de la Constitution européenne), sont plus largement partagées.
Pour que les choses soient dites clairement, la fondation d’un grand parti de toute la
gauche ne signifie pas l’adhésion au PS. La campagne d’éradication dont nous avons été les
victimes depuis le 21 avril 2002 nous a criminalisés pour avoir porté un projet différent sur
l'Europe, la politique industrielle, la République ou l'indépendance de notre politique étrangère.
Aujourd’hui, dans un climat nouveau, nous entendons non seulement nous faire respecter mais
conduire des débats de fond sans lesquels il n'y aura pas de refondation républicaine de la
gauche. Le MRC se place dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n'entend donc
pas acquiescer à une version de l'Histoire qui n'a pas d'autre objet que de soustraire à la critique
une orientation social-libérale qu'il a toujours combattue. Pas plus qu'hier nous n'accepterons de
servir de caution. Aucune formule de recomposition de la gauche n’interviendra donc sans la
réunion préalable d’un Congrès extraordinaire. C’est à une refondation républicaine que nous
voulons contribuer, non à un replâtrage du parti socialiste.
5. Pour notre part, nous respectons le PS en tant qu'organisation, et nous n'entendons pas nous
ingérer dans des choix de personnes qui lui incombent. Le débat d'idées au sein de la gauche en
revanche est légitime et nous y contribuerons. Pour ce qui nous concerne, nous aspirons à la
confrontation loyale des idées, au sein d'un grand parti de toute la gauche, avec le seul souci du
fond. C'est ce qui a beaucoup manqué à la gauche depuis un certain temps et c'est avec cette
loyauté élémentaire à l'égard des idées, et par conséquent des personnes, que nous aimerions la
voir renouer dans son ensemble.
Le MRC propose donc un cadre de discussion ouvert à l'ensemble des femmes et des hommes
de gauche et de progrès pour jeter les bases d'un grand parti de toute la gauche. Cette
refondation est urgente. Sinon la gauche risque de se trouver confrontée à des divisions
persistantes, au risque d'une nouvelle défaite.
Cela suppose que nous soyons un parti à la hauteur de ses ambitions et de son projet.
Une campagne de mobilisation sera mise en oeuvre, invitant les républicains sincères à
s’inscrire dans un large rassemblement populaire et citoyen. Le MRC se doit d’être plus
vivant et plus actif à tous les niveaux de son organisation.
Pour mobiliser l'ensemble de ses forces et susciter l'adhésion des hésitants, nous lançons un
appel pour que la gauche se réunisse et se mette d'accord, non sur une simple perspective
d'alternance dépourvue de contenu politique, mais sur un projet républicain réellement alternatif.
C'est possible. Le projet républicain du MRC est sur la table. Cette contribution de notre
prochain Congrès a pour but d'ouvrir le débat non seulement au MRC mais également au sein
de la gauche tout entière, en tout cas parmi ceux qui, combattant la globalisation financière,
font de sa refondation leur perspective.
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